La morosité des dernières ventes de chevaux de trois ans va vraisemblablement obliger les éleveurs à s’orienter sur une production de chevaux plus beaux et plus faciles d’emploi. Elle va également les inciter à vendre un an plus tard un cheval prêt à l’emploi dont la qualité sera plus lisible et mieux rémunérée . L’intervention d’un cavalier devient alors incontournable et son choix n’est pas toujours très éclairé, entraînant des incompréhensions et un turn-over important dans les écuries, souvent préjudiciable à la carrière des chevaux.
Comment faire le bon choix, et comment le faire prospérer ? Peut-être faudrait-il au préalable que les cavaliers et les éleveurs apprennent à mieux se connaître.
L’ éleveur : un amateur avec un grand A
Oui l’éleveur français est un amateur au sens premier du terme : « celui qui aime ». Il aime ses une ou deux poulinières , il aime ses poulains ; il aime Fontainebleau pour y savourer pendant deux ou trois fois deux minutes les fruits de 5 années de travail, d’espoir et de rêve.
Il n’aime pas, par contre, voir son cheval sortir du box au trot et enchaîner un tour 10 minutes plus tard, parler anglais ou allemand, les parcours à 4 points, et encore moins le chiffre 10%, surtout quand il est multiplié par les trois ou quatre intermédiaires qui se rappelleront à son bon souvenir au moment de la vente de son cheval.
Un cavalier aux 35 heures ( de sommeil) par semaine
G comme Galère pourrait aussi résumer la vie du cavalier professionnel. Formé durement sur le tas à défaut de structures organisées et performantes, il ne peut pas vivre décemment ni travailler dans un environnement satisfaisant à moins de 10 chevaux à l’entraînement, sans personnel salarié. S’il souhaite, en toute logique, monter en PRO 1, il passera entre Avril et Septembre 5 à 6 jours par semaine en dehors de ses écuries. JM BONNEAU estimait récemment à 1000 euros par mois la rétribution normale d’un cavalier pour entraîner un cheval dans des conditions satisfaisantes . Or la majorité de la profession vit avec 400 à 450 euros de pension par cheval et par mois. On ne peut, dans ces conditions, exiger des cavaliers un service irréprochable.
Quatre points qui coûtent cher
Le site FFE www.ffe.com (ffe compet / cavaliers / engagements-résultats) , effectue une excellente synthèse de l’ efficacité d’un cavaliers en établissant chaque année le coût total de ses engagements et le montant total de ses gains . On peut toujours objecter qu’il y a des parcours éducatifs à quatre points mais, à 25 euros l’engagement, 15 euros le box , 60 euros le transport et 75 euros le sans faute, il vaut mieux faire les barres à la maison !. Il vaut aussi mieux recourir à un bon professionnel effectuant entre 300 à 600 parcours par an qu’à un intermittent des podiums qui coûte plus cher en engagements qu’il ne rapporte en gains .
Expertiser et vendre
Le professionnalisme du cavalier ne s’arrête pas aux résultats. Il commence avec l’évaluation, dès les premiers sauts sous la selle, du potentiel de chaque cheval et de la rentabilité de sa mise au travail. Il continue avec la qualification pour Fontainebleau qui doit constituer la norme et non pas l’exception. Il se termine enfin par une vente limpide, réalisée par l’éleveur, avec l’aide du cavalier, à des conditions connues à l’avance par tous les acteurs de la transaction.
Eleveurs et cavaliers professionnels sont dans la même galère et ils ne s’en rendent pas toujours compte. La représentation des cavaliers au sein des associations d’élevage et une meilleure utilisation de leurs compétences dans les actions de sélection et d’expertise constituera sûrement un des premiers challenges du futur président de l’ANSF.
Philippe POPPE