La récente crise de l’ANSF témoigne des difficultés d’une gestion centralisée et parisienne de l’élevage dans un territoire aussi vaste et aussi diversifié que la France . Avant de faire l’unité au niveau national il serait peut être souhaitable de réaliser une représentation et une action collective des éleveurs au niveau des régions.
16 régions françaises possèdent plus de 400 poulinières SF ou AA, ce qui représente au moins 235 éleveurs par région si on applique la moyenne nationale de 1,7 poulinière par élevage. Ces élevages n’agissent collectivement qu’à travers des associations dont l’action se réduit souvent à la convivialité , à la chasse aux subventions, au tirage au sort de saillies à prix réduit., au rassemblements d’invendus, aux querelles de personnes, ou aux crises d’identité ; en résumé tout ce qui ne coûte pas cher , et ne rapporte rien !
Le bilan sportif et économique de notre élevage résulte directement de cette pauvreté de l’action collective et il incite à réfléchir sur plusieurs actions susceptibles de redonner une force à l’indispensable représentation régionale des éleveurs :
1 Elire une équipe dirigeante compétente et unie autour d’un projet précis
2 Financer l’association sur fonds propres :
les membres doivent financer eux mêmes le fonctionnement de leur association sans demander de subventions : l ’implication financière rend en général plus responsable et plus actif pour trouver des ressources . Elle permet aussi de faire le tri entre les membres actifs et les membres contemplatifs.
3 Embaucher un professionnel, éleveur et cavalier, parlant anglais, comme directeur permanent.
Le bénévolat et l’amateurisme qui accompagne souvent l’action associative ne sont plus de mise quand il s’agit de recevoir une délégation de clients étrangers, d’organiser un rassemblement et une vente de chevaux, ou de recommander un croisement qui engage un éleveur pour 4 à 5 ans. Le professionnel s’impose ainsi que sa disponibilité permanente. Il peut être aisément financé par les adhérents et par une commission de 10% sur les ventes reversée à l’association. L’éventail des actions possibles de ce directeur est large:
- Rassemblement et évaluation des foals en Août , date à laquelle la plupart des foals sont consolidés, conformés et observables avec leur mère, y compris à l’obstacle .Une pré orientation peut être donnée à ce moment : élevage, sport , rebut, castration ; qui évitera la prolifération des 2304 étalons de selle en France qui saillissent chacun en moyenne et à perte 11.6 juments .
- Rassemblement-vente des 3 ans sous la selle et à l’obstacle en Novembre, date de disponibilité des cavaliers, de formation des écuries et début de la période des transactions .
-Conseil en génétique et en croisements, formation des éleveurs.
- Location de 2 ou 3 étalons, pour 1 ou 2 ans.
servant exclusivement en semence fraîche les éleveurs de la région à des coûts très intéressants, compensés par un nombre élevé de saillies. Une région comme les Pays de Loire avec 1075 poulinières SF ou AA consomme près de 1000 saillies par an pour un coût total minimum de 1000000 euros si on considère un prix plancher de saillie de 1000 euros. Avec un million d’euros il y a de quoi louer chaque année 3 étalons de très grande qualité et de caractéristiques différentes et organiser chaque matin le transport de semence fraîche, moins coûteuse et plus fertile que le congelé.
- Accueil permanent des acheteurs, identification des besoins et visite des élevages ou des cavaliers professionnels et marchands aptes à les satisfaire, aide à la négociation des prix, à l’expertise vétérinaire et sous la selle.
Les pays concurrents qui nous dominent sont constitués d’éleveurs amateurs dont les compétences et les coûts de production sont identiques aux nôtres . La seule différence réside dans les professionnels qu’ils décident de mettre en place pour encadrer et coordonner leurs actions.
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Philippe POPPE