Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
La multiplicité des techniques de reproduction a provoqué une multiplication des actes et des services qui augmente considérablement le prix de la carte de saillie proposée par un étalonnier. Afin de déterminer le coût moyen de production d’un poulain de 6 mois il convient de passer en revue toutes les factures que devra payer l’éleveur amateur avant sa première mise sur le marché
1 Carte de saillie: c’est la partie visible de l’iceberg. Elle se divise souvent en deux fractions, payables à la réservation et au 1er Octobre, si la jument est pleine, ou à la naissance du poulain , s’il est vivant au bout de 48 heures. De plus en plus, en cas d’échec de la saillie, l’étalonnier rembourse une partie des sommes versées ou les déduit des frais de saillie pour l’année suivante , ce qui vous oblige bien sur à effectuer une saillie au même endroit et souvent avec le même étalon, un an plus tard, si vous voulez garder cet avantage.
Conseil : cette carte est accompagnée d’un contrat que nous vous recommandons de lire attentivement. L’étalonnier vous demande de signer et de verser un acompte assez tôt dans la saison, généralement lors des présentations d’étalons de Février. Ne vous pressez pas, prenez le temps de voir tous les étalons en détail et à plusieurs reprises, dans des contextes différents : vidéo de leurs parcours, écurie, en début de travail avant la présentation, sans la selle, avec la selle et le cavalier de préférence amateur ou stagiaire. Etudiez le contrat chez vous à tête reposée. Certains étalonniers mettent beaucoup de clauses restrictives au remboursement de tout ou partie de la saillie quand la jument est vide. La plus fréquente est un certificat vétérinaire de viduité à fournir dans un délai précis, et c’est normal . Mais on trouve également des obligations de dépistage de la métrite, de vaccination contre la rhino-pneumonie, de saillies sur 3 chaleurs consécutives, d’ insémination par voie profonde. Un manquement à l’une de ces obligations peut vous faire perdre le bénéfice d’un remboursement.
Frais Techniques : Ce vocable englobe généralement les frais de congélation, de réfrigération et de transport de la semence d’un étalon qui ne se trouve pas sur les lieux de l’insémination, ainsi le retour des doses non utilisées, si le contrat le prévoit. En règle générale les frais techniques ne sont pas facturés quand l’étalon se trouve sur place, même si la récolte de l’étalon, la préparation de la semence fraîche nécessite la présence d’au moins deux personnes, du temps, et du matériel (mannequin).
Frais de mise en place: Ils résultent de l’acte d’insémination de la semence et ils sont facturés soit par chaleur, soit au forfait pour la saison de monte. L’insémination par voie profonde est plus coûteuse, (majoration de 30 à 50 euros), plus risquée, et elle est parfois imposée par des doses de semence d’étalons haut de gamme distribués au compte- goutte. Cette technique invasive doit être pratiquée par des vétérinaires très expérimentés .
Frais de suivi vétérinaire : Il s’agit des actes vétérinaires permettant de déterminer le moment idéal de l’insémination : échographies, palpations manuelles. Ils peuvent se comptabiliser par chaleur ou forfaitairement sur une saison .S’y rajoutent les échographies de contrôle de gestation, à 3 semaines et à 6 semaines pour détecter les anomalies: jumeaux, malformations ; et fin Septembre pour donner droit au remboursement de tout ou partie de la saillie en cas d’échec.
Pension : Du box à temps complet au grand pré collectif, les dangers existent et ils doivent être clairement identifiés. avant de choisir le lieu d’insémination, en particulier si la poulinière est suitée. Entre deux et quatre mois le poulain commence à perdre l’immunité liée à l’allaitement et il n’a pas acquis entièrement sa propre immunité. Il est très important qu’il soit en pleine santé au moment de changer de lieu de stationnement et de se retrouver confronté à de nouveaux microbes et à de nouvelles bactéries. Il convient donc d’éviter à tous prix la mise au box si celui ci n’a pas été désinfecté ( la paille fraîche n’est pas un désinfectant !) , la mise dans un paddock poussiéreux, en été, si les crottins n’y sont pas retirés régulièrement ( risque important de rhodoccocose , affection pulmonaire mortelle dans 50% des cas pour le poulain ), ainsi que la mise en pâture collective si votre jument est de nature trop agressive, ou trop timorée, ou si le poulain représente une grande valeur. Au retour surveillez bien votre poulain et faites effectuer immédiatement une analyse sanguine s’il commence à tousser pour détecter les premiers signes de rhodoccocose. Cette affection peut être combattue d’autant mieux qu’elle est détectée précocement.
Frais divers :- Médicaments : Pour déclencher les chaleurs ou une ovulation ils sont d’un coût minime qui peut cependant augmenter en cas de réaction inflammatoire de l’utérus à la semence congelée , moins bien tolérée en général par l’organisme que la semence fraîche ou réfrigérée. Plusieurs lavages avec des solutions antibiotiques vous seront alors facturés entre 20 et 40 euros
-Actes chirurgicaux : Vulvoplastie : suture de la vulve parfois nécessaire pour éviter l’entrée d’air dans l’appareil génital et pour garantir la totale asepsie nécessaire à la fécondation. Elle s’accompagne de la nécessité absolue de découdre la suture 15 jours avant la mise bas, elle aussi payante.Compter pour ces deux opérations entre 65 et 80 euros.
- Transport : il fait aussi partie intégrante du coût de saillie
Coût moyen d’une saillie « type » ayant nécessité l’exploitation de deux chaleurs dans un centre d’insémination situé à 70 Kms : 1740 EUROS ttc
A ces chiffres, qui majorent de plus de 50% le prix de la carte de saillie, doivent s’ajouter l’amortissement de la poulinière (11000 Euros / 10 produits), 6 mois de nourriture de la mère et du poulain (457 euros), les frais d’identification, de contrôle de filiation, de puçage, de livret, de vaccins, de vermifuge, et de parage des pieds, au total ( 150 Euros).
Le coût minimum de production d’un foal de 6 mois, dans des conditions normales, avec un minimum de chances de réussite ( bonne mère, saillie correcte), est donc de 3447 Euros, sans compter le temps de travail, l’amortissement et l’entretien des installations, les taxes foncières, la MSA . A ces conditions, qui correspondent aux prix moyen offert par les acheteurs professionnels, le travail n’est pas payé et il s’agit dans le meilleur des cas d’un remboursement sans intérêts d’avances sur frais d’exercice de la passion d’élever.
Philippe POPPE
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Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
Le Pr DENOIX intervenait lors du jumping de Bordeaux devant une salle comble ou vétérinaires, cavaliers, et éleveurs se pressaient pour découvrir le fruit de longues années de recherche au CIRALE sur les dorsalgies du cheval de CSO.
Scientifique dans la démarche, mais très pédagogique dans des explications qui visaient un public très diversifié, le Pr DENOIX a disséqué les contraintes qui s’exerçaient sur le rachis du cheval pendant toutes les phases du saut. Les photos au ralenti de Darius du Murier pendant une épreuve de puissance, la reconstitution de la cage thoracique et du dos vus de l’intérieur pendant l’effort, ainsi que le focus sur l’extrême violence des contraintes subies par les cartilages et les disques inter-vertébraux étaient impressionnants. Ils ont contribué à donner du saut d’obstacle l’image d’un effort violent pour les articulations, pas naturel pour le cheval et nécessitant une préparation, un entraînement et des soins très spécifiques.
Sauter tôt , pas beaucoup , et pas haut
Contrairement aux idées reçues, et répondant à une question de Denis BROHIER sur la précocité de l’entraînement des jeunes chevaux d’obstacle, le Pr DENOIX n’est pas opposé à une mise à l’obstacle régulière des chevaux dès l’âge de deux ans dans la mesure ou les sauts en liberté sont effectués sur des faibles hauteurs (cavalettis) et en nombre très limité à chaque séance. Il pense que les os et les muscles sollicités régulièrement et assez tôt s’organisent pour mieux résister par la suite aux contraintes liées à cet effort. Par ailleurs, sur le plan psychomoteur, l’acquisition de gestes techniques s’effectue d’autant mieux que le sujet y est confronté dès son plus jeune âge. On apprend mieux à jouer du piano à 5 ans qu’à 15 ans !
Echauffer dans l’attitude naturelle du cheval
Long temps au pas , puis petit galop constituent pour le Pr DENOIX la meilleure méthode d’échauffement. Si la longe est nécessaire, elle doit être utilisée sur de grands cercles, sur des terrains souples et dans l’attitude naturelle du cheval, tant qu’il n’est pas échauffé. Exit donc les enrênements qui mettent le cheval dans une attitude forcée dès le début d’une séance. Le dos ayant lui aussi besoin d’être échauffé, la monte en équilibre est préconisée en début de travail pour tous les chevaux, et le plus souvent possible pendant une séance ; en cas de dorsalgies.
Par ailleurs, les terrains de compétitions modernes sont souvent trop durs pour les articulations. Il convient de ne pas trop les utiliser pour les séances d’entraînement à l’obstacle et pour le travail à la longe sur des cercles courts, relativement traumatisants pour les articulations.
Ne jamais travailler dans l’inconfort du cheval
Très fréquentes à des degrés divers, les dorsalgies du cheval d’obstacle peuvent être soulagées par l’utilisation de Tildrène, anti-inflammatoire très performant qu’il est dorénavant possible d’injecter par échoguidage, dans le siège même de la douleur, avec une précision de l’ordre du millimètre. La mésothérapie peut être également utilisée. Elle consiste à court -circuiter la sensation de la douleur en sollicitant les nerfs de la surface de la peau.
Sans rejeter l’ostéopathie, le Pr DENOIX estime que cette technique n’est pas encore assez codifiée dans ses diagnostics et dans ses gestes thérapeutiques.
Il recommande enfin de ne jamais travailler un cheval dans une posture qui lui est inconfortable et de maintenir le plus possible en mouvement un cheval qui souffre du dos en préférant le pré et le paddock à de longues heures d’immobilité au box.
Si elles ne sont pas inéluctables, les dorsalgies sont quand même intimement liées à la nature des efforts qui sont demandés au cheval pendant le saut d’obstacle. On peut difficilement en supprimer la cause, mais il est possible d’en retarder l’ apparition et d’en atténuer les effets par des médications et des mouvements appropriés.
Philippe POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
De plus en plus d’éleveurs ruraux, proches de la retraite, ne trouvent pas de repreneurs et les jeunes générations n’acceptent plus les contraintes d’un métier agricole dont elles pensent qu’il ne nourrit plus son homme. Nombre de citadins, souvent cavaliers, se lancent pourtant dans l’aventure en s’installant à la campagne et en réalisant parfois des investissements colossaux. Comment vit-on aujourd’hui de l’élevage du cheval de sport et , surtout, comment pourra-t-on en vivre demain ?
Hobby ou revenu complémentaire
Les éleveurs ruraux ont toujours produit des chevaux en marge des activités agricoles traditionnelles : lait, vaches allaitantes, céréales , qui assuraient la trésorerie et des revenus réguliers, tout en permettant de nourrir les chevaux au moindre coût . Quant aux citadins , nombres d’entre eux ont, en sus de l’élevage, des revenus d’un autre métier, ou une fortune personnelle qui leur permet de satisfaire leur passion sans aucune obligation de résultat. Ceci leur permet, en plus, de réduire le montant de leur impôt, s’ils ont la bonne idée d’inclure dans leurs revenus professionnels les déficits fréquents de leur activité d’élevage.
C’est un métier !
Quelques éleveurs vivent pourtant aujourd’hui exclusivement de la vente de leurs chevaux . Leur trajet est souvent identique : acquisition d’une très bonne jument , choix méticuleux et toujours de visu des étalons, sans concession avec la mode (sinon pour vendre une poulinière médiocre « pleine de »), conservation à tout prix des meilleures lignées maternelles , amélioration constante de la qualité et de la diversité génétique, prioritaire sur tout autre investissement. Ces éleveurs passent plus de temps à observer leurs poulains dans le pré et les autres chevaux sur les terrains de concours, en France et à l’étranger, qu’à traire les vaches ou cultiver des céréales. Souvent cavaliers , ils savent ce que signifie un cheval en équilibre, l’engagement des postérieurs au galop, la frappe des antérieurs , la différence entre la force du dos et sa bascule . Tous estiment à une dizaine d’années le temps nécessaire pour voir le jour et ils constituent une infime minorité. L’immense majorité des éleveurs abandonne en cours de route ou reste aveugle toute sa vie en produisant souvent à perte le cheval de personne.
Des formations et des aides inadaptées
Dans un contexte de concurrence internationale acharnée, les éleveurs de demain devront disposer d’une formation initiale « en béton » à toutes les techniques d’élevage. Cette formation devra se compléter d’ un bagage en équitation qui permettra de conforter sous la selle les jugements formulés à pied, et d’une bonne connaissance de l’anglais pour pouvoir communiquer avec les pays leaders du moment. Aucune formation de ce type n’existe pour l’heure en France, bien que de remarquables fermes-écoles fonctionnent déjà avec succès pour d’autres productions animales. Le coûteux investissement de départ (compter au minimum 15000 euros pour une jeune poulinière bien faite, bien née, apte au CSO depuis plusieurs générations), nécessiterait également des aides agricoles pour l’heure refusées aux éleveurs de chevaux s’ils ne complètent pas leur dossier avec un projet laitier ou bovin. Or l’heure n’est pas à l’éparpillement mais à la compétence extrême et à la spécialisation.
L’intégration de l’élevage de chevaux au sein des activités agricoles est une réalité dans les lois et dans les discours du Ministre de l’Agriculture. Il serait temps qu’elle devienne une réalité dans les actes des instances agricoles et dans la distribution des aides publiques. Ce n’est pas parce que ces aides ont longtemps servi à financer des actions inutiles ou déficitaires qu’il faut en priver demain des porteurs de projets d’élevage compétents et structurés.
Philippe POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
C’est au marché aux oignons du Mans que commence la légende de Cor de la Bryere, consacré aujourd’hui comme le plus grand dénominateur commun de l’élite mondiale du saut d’obstacle.
Moniteur du club hippique du Mans , Mr Maheu y repéra au milieu des années soixante une immense jument baie de plus d’1.70 mt, très carrossière, et qui, fait rare à l’époque, possédait des papiers « avec Furioso dedans ». L’affaire fut faite pour environ 1500 Francs et la jument fut aussitôt revendue à un habitué du club , Mr Roger Jarossay, pour un prix sensiblement équivalent. Sitôt achetée, sitôt essayée, Quenotte se retrouve rapidement sur son premier parcours et elle termine sa carrière de compétition sur le numéro deux , une stère de bois qu’elle transforma en banquette au grand désarroi de son cavalier qui décide d’en rester là et accepte sans regret de la céder à Mme Thérèse Essayan, exploitante agricole sur les terres de la Bryere à Yvré le Polin près du Mans.
Elevant essentiellement des bovins, Mme Essayan s’ était mise sur le tard à rentrer quelques chevaux qu’elle sélectionnait toujours avec beaucoup de feeling et une certaine réussite. Sans céder à la tentation d’ aller aux étalons HN de la station la plus proche, elle embarque à grand peine l’immense jument dans le van 1 place 1 essieu, qui constituait déjà un investissement significatif à cette époque, et prend le long et sinueux chemin de Saint - Lô pour utiliser les services de Rantzau, au sommet d’une gloire très confidentielle avec un record de 18 juments saillies en 1967 . L’étalon qui avait peine à saillir plus de 7 juments par an pendant ses 8 premières années de monte était cependant apprécié par un cercle très restreint de connaisseurs pour le chic et la qualité sportive de ses produits avec des juments lourdes.
Cor de la Bryere vit ainsi le jour au printemps 1968. C’était, aux dires de Daniel Thomas, cavalier bien connu dans la région et gendre de Mme Essayan, un très beau poulain avec de la taille , des points de force , un galop à bascule très équilibré et beaucoup de personnalité. Pensant déjà en faire un étalon Mme Essayan présenta le poulain au directeur du haras du Lion d’Angers , Mr Chevalier Du Fau, qui le recommanda aussitôt à Alfred Lefèvre. L’affaire fut faite par le célèbre étalonnier au profit de Xavier Ribard qui signa un chèque de 5500 fr avec redevance ultérieure de 10% si le cheval était vendu comme étalon.
Demandant régulièrement des nouvelles de Cor de la Bryere, Daniel Thomas fut informé de sa mort, suite à des coliques, à 2 ans, puis de sa castration en Allemagne à 3 ans avant de lire dans la presse spécialisée le fabuleux destin du fils de Rantzau outre-Rhin. Au final le cheval fut vendu, aux dires de l’Unic, pour 8000fr en Allemagne et Mme Essayan finit par toucher la redevance convenue sous forme d’une saillie de l’étalon Urtois…
Quenotte, la mère de Cor de la Bryere, était d’une taille hors du commun pour l’époque et elle provenait du mélange courant à l’époque de pur sang ( Furioso) et de sang lourd. Bien que sa mère Vestale du Bois Margot fut au départ d’une excellente lignée, cette qualité était inconnue à l’époque et ce n’est pas le comportement sous la selle de Quenotte qui aurait permis de la supposer. Daniel Thomas, qui eut l’occasion de monter épisodiquement la jument entre deux saillies la décrit comme une jument raide , assez énergique, avec des membres forts , un dos très long mais bien attaché, et des postérieurs venant difficilement sous la masse. Peu douée naturellement à l’obstacle, sautant plus en longueur qu’en hauteur, Quenotte ne laisse pas à son entourage le souvenir d’une intelligence fulgurante même si aucune mauvaise volonté ne pouvait lui être reprochée. Vide après son premier poulain elle fut vendue à plusieurs reprises ne laissant derrière elle que 5 descendants dont Friday, un fils de Night and Day indicé à 141, les autres n’ayant pas beaucoup brillé par leurs performances ou celles de leurs production.
Les 12 produits SF de Cor de la Bryere enregistrés au SIRE, dont 5 indicés au maximum à 126 et un étalon HN, Vulcain d’Helby ; ne retiennent pas plus l’attention tout comme ses filles allemandes, importées par quelques éleveurs français, dont la production tarde à s’affirmer. En France comme en Allemagne il semblerait que le sang de Rantzau ne s’accommode pas au mieux du sang d’Ibrahim et d’Almé sinon pour produire des magnifiques gravures , championnes du monde de saut en liberté comme les produits de la lignée « A » : Accord, Accorado, très utilisée en Allemagne pour produire des « chevaux de vente » pour touristes étrangers, mais quasiment absents du sport de haut niveau, sinon comme pères de mères, en raison d’un manque de force dans le dos.
Cor de la Bryere était donc bien l’étalon qu’il fallait au moment ou il le fallait pour la jumenterie du Holstein. Si son croisement avec les filles d’Ibrahim n’a pas toujours été à la hauteur des espérances, et si le sang de la lignée Fra Diavolo - Nankin lui convenait un peu mieux malgré un manque fréquent de locomotion (Le Prince de Thurin), c’est avec les descendantes de Ramsès , en particulier avec les filles de Capitol et dans une moindre mesure avec les filles de Landgraf, que son talent a pu s’exprimer pleinement en lui permettant de figurer aujourd’hui au moins une fois dans le pedigree de 70 à 80% des chevaux du Holstein.
Comme beaucoup d’œuvres parfaites , Cor de la Bryere traverse les temps, les modes et toutes les évolutions techniques du saut d’obstacle. Si sa descendance mâle cède le pas à celle de Jalisco dans la production des meilleurs chevaux du monde, sa descendance femelle reste à ce jour imbattable tout comme celle de ses fils Caletto 2 et Corrado ou de son petit fils Caretino. Les mères de la lignée Almé, Jalisco, Papillon Rouge, Quidam de Revel sont beaucoup plus discrètes dans la production de chevaux de très haut niveau
Il convient donc de saluer le talent de Thérèse Essayan et de lui rendre à titre posthume l’ hommage qui lui revient et qui lui a été chichement mesuré de son vivant. Cor de la Bryere n’était ni un coup de chance ni le fait du hasard. Comme souvent en élevage il a été le fruit d’une forte intuition et d’une profonde détermination à ne pas vouloir suivre la mode et le chemin facile qui mène à l’étalon le plus utilisé , le plus proche, ou le plus cher !
Philippe POPPE
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Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
La synthèse des trois dernières ventes de jeunes chevaux français de 3 ans à Bois le Roi( 75 présentés), Rennes ( 38 présentés) et St LO ( 75 présentés) est des plus alarmantes. Sélectionnée par des professionnels, à peine plus de la moitié de l’effectif a changé de mains à Bois le Roi et à Rennes pour un prix moyen « net vendeur » de 7500 euros, à peine équivalent au coût de production en zone rurale, sans compter le temps de travail et les charges . Sans sélection préalable, à St LO, seuls 15 chevaux sur 75 présentés, soit 20%, ont trouvé preneur pour un prix moyen dérisoire.
Au même moment, au nord de l’Europe le même type de chevaux, plus jeune d’un an , refusé à l’approbation du concours étalon, se vend pour un prix moyen de 30000 euros sans aucune aide de l’état pour l’élevage. Malgré 45.5 millions d’euros de subventions annuelles octroyés aux Haras Nationaux pour encourager, entre autres, le développement de la race, le label SF est en passe de constituer un handicap commercial même dans son pays d’origine. Lors des dernières ventes Fences, seule une jument 100% SF figure dans les 5 meilleures ventes des foals, des poulinières et des 3 ans !
La crise est profonde. Quelles en sont les raisons et comment inverser la tendance ?
L’absence d’étude du marché
Sauf à élever pour son usage ou pour son plaisir personnel, vendre est une réalité qui s’impose à la plupart des éleveurs. Qui dit vente dit marché et qui dit marché dit clients. Or le client type est une jeune fille (77% des licenciés), amateur, qui pratique l’équitation entre 1 et 4 heures par semaine avec un cheval beau, dressé, facile d’emploi, performant dans la discipline du saut d’obstacles( 88.8 % des engagements toutes disciplines confondues, en 2004, contre 3.8% pour le CCE) , pour des épreuves qui dépassent rarement 1.20 mt.
( 80 % des engagements en CSO). Ce client type dispose d’un budget compris entre 12 et 15000 euros, pour un cheval de compétition âgé de 4 ou 5 ans , qu’il achète à partir du 15 Octobre jusqu’au 15 Mars ( 75% des transactions) . A ces conditions, l’éleveur peut payer une année de travail (6500 euros) et espérer quelque retour sur investissement. En tout état de cause la demande pour des chevaux « clefs en main » reste actuellement supérieure à l’offre disponible chez les éleveurs et les marchands les plus importants s’approvisionnent majoritairement à l’étranger.
Une production inadaptée reposant sur le mythe de l’étalon performer
Inspirée de l’élevage de chevaux de course qui ne sont utilisés que par des professionnels, la sélection des reproducteurs de chevaux de sport s’effectue en France en attachant une importance trop prépondérante aux performances sportives, au détriment d’autres facteurs essentiels pour des cavaliers amateurs . Or, le caractère, la conformation et l’équilibre au galop, qui conditionnent le contrôle du cheval et le confort du cavalier, deviennent de plus en plus recherchés dans le cadre d’un enseignement équestre essentiellement ludique. Ils constituent, avec la beauté du cheval, des éléments de décision aussi importants que la valeur sportive. Par ailleurs, ces qualités qui se transmettent et se renforcent à chaque génération ne sont pas exclusives de l’aptitude sportive.
Repartir sur des bonnes bases avec de jeunes reproducteurs étrangers
Des chevaux comme Contender, Cassini1, Indoctro 1, Caretino, n’ont pas tous brillé à haut niveau, loin s’en faut. Ils sont néanmoins parfaits dans leur modèle et faciles à monter par des cavaliers amateurs. Utilisés massivement dans leur pays d’origine qui s’en réservent souvent l’usage exclusif, ils produisent essentiellement des chevaux de qualité standard dont quelques uns peuvent néanmoins se retrouver au plus haut niveau sportif (Montender, Cumano, Berlin, Nassau…)
C’est ce genre de reproducteur, mâle et femelle, qu’il convient de privilégier. Il faut pour cela en faire tomber les lignes Maginot d’une race SF au bord de la faillite économique : Blup, discriminations à l’égard des chevaux étrangers, agréments à vie d’étalons trop nombreux; et orienter tous les critères de sélection des reproducteurs vers les besoins du marché quitte à mettre au rebut une grande partie de notre élevage non rentable.
L’achat massif et éclairé de jeunes mâles et de jeunes juments au sevrage dans le Holstein, seul stud- book au monde qui soit structuré et orienté exclusivement vers le saut d’obstacle, devrait permettre de repartir sur le bon pied au moindre coût.
S’arrêter de perdre de l’argent est un premier pas pour qui espère en gagner un jour, mais au regard des centaines de saillies réalisées encore cette année sur des juments de club par des étalons performers in-montables par le commun des cavaliers , la route est encore longue…
Ph. POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
La récente crise de l’ANSF témoigne des difficultés d’une gestion centralisée et parisienne de l’élevage dans un territoire aussi vaste et aussi diversifié que la France . Avant de faire l’unité au niveau national il serait peut être souhaitable de réaliser une représentation et une action collective des éleveurs au niveau des régions.
16 régions françaises possèdent plus de 400 poulinières SF ou AA, ce qui représente au moins 235 éleveurs par région si on applique la moyenne nationale de 1,7 poulinière par élevage. Ces élevages n’agissent collectivement qu’à travers des associations dont l’action se réduit souvent à la convivialité , à la chasse aux subventions, au tirage au sort de saillies à prix réduit., au rassemblements d’invendus, aux querelles de personnes, ou aux crises d’identité ; en résumé tout ce qui ne coûte pas cher , et ne rapporte rien !
Le bilan sportif et économique de notre élevage résulte directement de cette pauvreté de l’action collective et il incite à réfléchir sur plusieurs actions susceptibles de redonner une force à l’indispensable représentation régionale des éleveurs :
1 Elire une équipe dirigeante compétente et unie autour d’un projet précis
2 Financer l’association sur fonds propres :
les membres doivent financer eux mêmes le fonctionnement de leur association sans demander de subventions : l ’implication financière rend en général plus responsable et plus actif pour trouver des ressources . Elle permet aussi de faire le tri entre les membres actifs et les membres contemplatifs.
3 Embaucher un professionnel, éleveur et cavalier, parlant anglais, comme directeur permanent.
Le bénévolat et l’amateurisme qui accompagne souvent l’action associative ne sont plus de mise quand il s’agit de recevoir une délégation de clients étrangers, d’organiser un rassemblement et une vente de chevaux, ou de recommander un croisement qui engage un éleveur pour 4 à 5 ans. Le professionnel s’impose ainsi que sa disponibilité permanente. Il peut être aisément financé par les adhérents et par une commission de 10% sur les ventes reversée à l’association. L’éventail des actions possibles de ce directeur est large:
- Rassemblement et évaluation des foals en Août , date à laquelle la plupart des foals sont consolidés, conformés et observables avec leur mère, y compris à l’obstacle .Une pré orientation peut être donnée à ce moment : élevage, sport , rebut, castration ; qui évitera la prolifération des 2304 étalons de selle en France qui saillissent chacun en moyenne et à perte 11.6 juments .
- Rassemblement-vente des 3 ans sous la selle et à l’obstacle en Novembre, date de disponibilité des cavaliers, de formation des écuries et début de la période des transactions .
-Conseil en génétique et en croisements, formation des éleveurs.
- Location de 2 ou 3 étalons, pour 1 ou 2 ans.
servant exclusivement en semence fraîche les éleveurs de la région à des coûts très intéressants, compensés par un nombre élevé de saillies. Une région comme les Pays de Loire avec 1075 poulinières SF ou AA consomme près de 1000 saillies par an pour un coût total minimum de 1000000 euros si on considère un prix plancher de saillie de 1000 euros. Avec un million d’euros il y a de quoi louer chaque année 3 étalons de très grande qualité et de caractéristiques différentes et organiser chaque matin le transport de semence fraîche, moins coûteuse et plus fertile que le congelé.
- Accueil permanent des acheteurs, identification des besoins et visite des élevages ou des cavaliers professionnels et marchands aptes à les satisfaire, aide à la négociation des prix, à l’expertise vétérinaire et sous la selle.
Les pays concurrents qui nous dominent sont constitués d’éleveurs amateurs dont les compétences et les coûts de production sont identiques aux nôtres . La seule différence réside dans les professionnels qu’ils décident de mettre en place pour encadrer et coordonner leurs actions.
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Philippe POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
Les confidences d’Herbert BLOCKER,
Triple médaillé olympique et cavalier du « Hosteiner Verband »
NIEBULL : un coin perdu, au milieu de nulle part dans le Nord du Holstein, à 25 Kms du Danemark. Battu par un vent glacial de la mer du Nord, cet endroit tient à la fois du Larzac et des hauts du Hurlevent. La terre est froide, aride, et inhospitalière. Rien n’y pousse à part des forêts d’éoliennes, quelques maisons et un centre équestre aussi insolite qu’une patinoire au milieu du Sahara.
Une fois garés sur la route unique du village, encombrée de vans et de véhicules s’entassant sur plusieurs kilomètres, un autre univers plus connu s’ouvre à nous . Après une entrée payante pour tous (12 euros la place debout), trois manèges réunis en un seul bloc et un bon plateau de cavaliers du Nord de l’Europe nous accueillent pour l’équivalent d’un CSI ** tracé au cordeau dans un manège de 60 x 25.
Les chevaux se succèdent sur la piste , ni pires ni meilleurs qu’ailleurs à ce niveau de compétition. Dans un espace aussi restreint, qui constitue le lot commun des compétitions en Allemagne pendant 6 mois de l’année, y compris pour les jeunes chevaux, la soumission et la précision sont capitales ainsi que la réactivité et le respect ; car les barres de 3m50 sont plus légères et le temps de réaction du cavalier entre deux obstacles plus court. Ceci explique vraisemblablement l’impression générale d’une moindre force dans le dos des chevaux, et d’une moindre bascule, qui sont compensés par une meilleure propulsion au galop, un meilleur équilibre et un meilleur contrôle. En dehors de Capitol et de ses fils n’allez pas chercher dans le Holstein la force du dos , vous risqueriez d’être déçus ! Au final le grand prix revient quand même au seul cheval français de la compétition : ORION un fils de ROYAL FEU acheté au Mexique et monté par H. MEYER
C’est plongé dans ces réflexions que nous est présenté par notre hôte et ami Harm THORMÄHLEN, naisseur de Capitol, un fringant jeune homme pétillant de santé et de joie de vivre, dont nous refusons encore de croire aujourd’hui qu’il puisse afficher un âge de 64 ans .Herbert BLÖCKER, cavalier en chef de l’association des éleveurs du Holstein pendant 37 ans a monté chaque jour, jusqu’à l’âge de 60 ans, 15 à 20 des meilleurs reproducteurs d’ Allemagne , expertisé des milliers de jeunes chevaux sous la selle avant les ventes, et trouvé assez de temps pour décrocher 3 médailles olympiques en concours complet : l’argent en équipe en 1976 à Montréal avec ALBRANT, l’argent à nouveau mais en individuel et le bronze en équipe en 1992 à BARCELONE avec FEINE DAME.
Il nous parle avec émotion et respect de COR DE LA BRYERE qu’il a monté dès ses débuts et qui a constitué la plus forte rupture de l’élevage du Holstein avec ses modèles traditionnels. Le souvenir de son premier saut en liberté , un mêtre au- dessus d’une simple barre posée à terre, avec un style parfait, sans aucune hésitation ; une intelligence, une volonté de bien faire, un équilibre au galop, une bouche en or ; restent pour lui les impressions majeures laissées par ce chef de race à la longévité exceptionnelle ( 30 ans). Ces qualités compensaient largement un trot un peu réduit, partant du genou, et une force apparemment limitée pour la compétition de haut niveau ; même si Herbert pense que Cor de la Bryère aurait parfaitement pu compenser ce manque apparent de moyens par sa technique et son courage. Après lui SILBERSEE, SF par Silver Matal et Quastor, n’ aura pas plus de force et il remportera le Grand Prix d'’Aix la Chapelle avec M. RÜPING.
Si CALETTO 1, grand cheval d’1.75, fut avec CORRADO 1 , encore plus grand, le produit le plus performant de Cor de la Bryère, tant par ses résultats durables au plus haut niveau de la compétition, que par la qualité homogène de sa production ; CALETTO 2 laisse le souvenir d’une perfection jamais atteinte dans l’élevage du cheval moderne de saut d’obstacle . De l’avis d’ Herbert BLOCKER et de Harm THORMÄHLEN, CALETTO 2 reste le cheval qui a définitivement fixé pour les éleveurs du Holstein le type idéal du cheval de sport moderne, à la fois par son modèle parfait, sa locomotion, son charisme mais aussi par des moyens qui lui auraient certainement permis de figurer au plus haut niveau de l’élite mondiale de saut d’obstacle.
Plus grand ( 1.69 mt ), plus étendu, et plus fort que son père, mais avec la même intelligence le même style à l’obstacle, la même souplesse et la même bouche , CALETTO 2 possédait un meilleur trot, plus d’amplitude au galop, mais il était également un peu plus sensible et un peu plus délicat dans son utilisation. Cette délicatesse qu’on retrouvera chez sa fille CLASSIC TOUCH, championne olympique à BARCELONE et chez CARETINO, tous deux dotés d’un respect inné de l’obstacle, causa malheureusement sa perte lors d’une présentation d’étalons . Enrèné à un surfaix pour mieux se présenter, CALETTO 2 s’est brisé les vertèbres cervicales en se pointant et en se retournant, constituant une perte énorme pour l’élevage, pas encore remplacée à ce jour malgré l’existence d’un propre frère CALETTO 3, moins avantageux au modèle.
Vainqueur du Körung à deux ans et demi, CALETTO 2 laisse après deux années de monte une championne olympique et neuf étalons dont CARETINO , seul fil prolongateur de l’excellence de la lignée et en passe de devenir le meilleur père de mère au monde pour la production de chevaux régulièrement performants en CSI *****.
Herbert BLOCKER se lève malgré notre envie pressante de lui poser encore mille questions sur ces étalons dont le sang est utilisé par la plupart des éleveurs du monde avec un dixième des informations dont dispose un cavalier qui les connaît dans le plus profond de leur caractère, de leurs aptitudes et de leur santé. Un dernier regard animé d’une passion intacte depuis 40 ans et il s’éloigne d’un pas alerte sans aucune raideur, encore tout étonné qu’on puisse venir de si loin pour lui demander comment sautait Cor de la Bryère !
Nous on se demande encore comment il est possible d’élever sans parler longuement avec les cavaliers des étalons et des juments que nous utilisons.
Philippe POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
Evoquant les blessures à répétition des chevaux français lors des grands rendez-vous JM BONNEAU s’interrogeait sur une usure physique dès les premières années de compétition, qui deviendrait effective lors de la répétition d’efforts d’intensité maximale quelques années plus tard. Peu de voix s’élèvent cependant pour remettre en cause l’organisation des épreuves du cycle classique par la SHF. Les chevaux allemands, hollandais et belges sautent aussi à 4 ans ; et les chevaux français ne sautent pas forcément plus, et avec des moins bons cavaliers, que leurs congénères européens. La seule différence réside dans le circuit de compétition des cavaliers professionnels français qui ne leur permet pas aujourd’hui un travail régulier, progressif et en profondeur des jeunes chevaux. Mais peut on faire autrement ?
Rares sont les cavaliers de jeunes chevaux qui ne concourent pas le week-end en Pro 1 et 2 avec des chevaux d’âge. Avec un piquet fréquent de 10 jeunes chevaux , ils se retrouvent d’Avril à Septembre absents de leur écurie 4 à 6 jours par semaine. Il leur est donc impossible de travailler pendant la moitié de l’année leurs jeunes chevaux plus de deux heures par semaine, en dehors des jours de compétition, et on ne peut que douter de l’aptitude de la plupart des stagiaires qui restent dans les écuries pour effectuer seuls ce travail, surtout avec des entiers.
En concours, le savoir-faire du cavalier permet d’obtenir la soumission du cheval et son contrôle mais la force musculaire et la souplesse articulaire nécessaires pour compenser un effort physique répété , assez violent, et pas naturel, ne sont pas toujours en place au moment des premiers parcours. Dans ces conditions, les articulations souffrent davantage et elles s’usent prématurément, même si aucun signe clinique ne permet de le déceler dans les premières années de compétition, et au moment de la plupart des ventes. Cette usure, renforcée par l’absence de tout mouvement, et donc de tout entretien musculaire, 23 heures sur 24 , diminue la longévité sportive du cheval et le fragilise au moment des efforts répétés et intenses requis lors des compétitions majeures.
Il serait intellectuellement souhaitable que les jeunes chevaux effectuent moins de compétitions car la découverte de nouveaux terrains et de nouveaux obstacles pose finalement peu de problèmes à un cheval qui travaille en confiance avec son cavalier, dans l’harmonie musculaire et dans le confort articulaire. Cependant, le marché actuel du cheval de sport et le coût du travail obligent les éleveurs à présenter à la vente un 4 ans qui a déjà suffisamment de métier pour faire le bonheur d’une cavalière amateur qui sera de moins en moins capable de remédier aux lacunes de sa monture.
Idéal également serait un jugement des épreuves au regard des fautes aux obstacles mais aussi de la soumission, de la facilité d’emploi et du potentiel ( force style réactivité) du cheval. Cette solution pose déjà des problèmes en Allemagne, lors des concours régionaux, en raison du manque de compétence de certains juges bénévoles. Il y a fort à parier qu ‘elle en poserait davantage en France, sauf à former des juges professionnels et à les payer!
La seule solution qui permette aux jeunes chevaux de mieux supporter les efforts qui leur sont demandés consiste donc à les travailler davantage en semaine et à les sortir en compétition les week-ends et les jours fériés.
Les éleveurs pourraient ainsi voir leurs chevaux, éventuellement les transporter, et communiquer davantage avec leurs cavaliers . Sur les sites de plus en plus nombreux qui disposent de plusieurs pistes il serait également intéressant d’organiser d'autres épreuves pour permettre davantage d’échanges techniques et commerciaux entre cavaliers professionnels et amateurs.
Les exigences d’une rapide commercialisation d’un cheval prêt à l’emploi sont difficilement compatibles avec la préparation de l’élite pour les échéances majeures. Pour ces chevaux qui montrent déjà un potentiel hors du commun à 4 ans, la qualification aux finales ne constitue pas un objectif majeur et la plus value se réalisera sur le long terme. Pour les autres on peut seulement essayer d’infléchir la tendance actuelle en sélectionnant davantage sur la robustesse et en redonnant du temps aux cavaliers pour aller plus en profondeur dans leur travail. Enfin les chevaux ne sont pas des esclaves. On peut sûrement les sortir davantage du box sans forcément les condamner au marcheur. Certains trotteurs passent toute leur vie à l’extérieur, été comme hiver , y compris pendant les périodes de compétition !
Philippe POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
Le Jumping de Bordeaux et le Conseil Régional des Equidés ont organisé, pendant la Coupe du Monde, une rencontre internationale rassemblant les représentants de la Pologne, de l’Espagne, de l’Italie, des Pays Bas, du SBS Belge, de l’Irlande et de la SUISSE. Seule l’Allemagne était représentée par des intervenant français qui ne la connaissaient qu’à travers des souvenirs vieux de 10 ans, ou un voyage organisé ! Cependant l’idée était originale et les débats, très bien organisés par Renaud RAHARD, furent de grande qualité. Les spectateurs ne s’y étaient pas trompés : la salle était comble et tous les acteurs de la filière étaient représentés par leurs dirigeants.
Poulains de 0 à 3 ans : tout le monde est d’accord
La première session s’attaqua au poulain de 0 à 3 ans et elle fut assez consensuelle . Les éleveurs sont à peu près partout également répartis entre les villes et les campagnes, la Hollande se singularisant par la possibilité offerte aux citadins de placer leurs poulains à moindre coût (1000 euros par an) dans des fermes d’élevage de bovins .
Un très bon foal se vend partout entre 10 et 15000 euros, mais la Hollande, qui fait naître chaque année15000 chevaux de sport, organise une quinzaine de ventes privées par an pour vendre les 500 meilleurs foals. Dans ce pays, le marché du cheval de dressage prend de plus en plus d’importance ainsi que le marché du cheval de hunter, avec en première destination les Etats Unis. Le look, les allures, la facilité d’emploi, et les radios parfaites, effectuées dès l’âge de 18 mois pour dépister les problèmes d’OCD et d’os naviculaire; constituent des critères indispensables qui président également à la sélection des futurs reproducteurs.
Les étalons sont presque partout approuvés entre deux ans et demi ou trois ans, avec ou sans testage ; et cette approbation ne devient définitive qu’après performances sous la selle, accompagnée parfois d’un contrôle de la production. La tendance qui semblerait se dessiner , pour le futur, au niveau de la fédération mondiale des éleveurs de chevaux de sport, consisterait en une approbation plus aisée avec une information plus importante sur les résultats des étalons .(C’est à ce titre que le Holstein vient de rendre facultatif le testage pour ses étalons ).
Chacun s’accorde également sur la nécessité de manipuler les poulains dès les quatre premiers mois, de pré-débourrer les étalons et les chevaux délicats à deux ans, et de présenter les jeunes à tous les concours d’élevage ; permettant ainsi un gain précieux de confiance et de temps lors de la mise au travail.
Cycles classiques : épreuves beaucoup mieux dotées en France
La deuxième session concernait la valorisation des chevaux de 4 à 7 ans, qui ne différait que par l’absence de championnat en Allemagne pour les 4 ans, bien que la plupart des chevaux y effectuent déjà quelques compétitions à cet âge. Le souci de ménager les efforts est présent dans tous les élevages ainsi que la prise en compte du style et de la facilité d’emploi , même si ce critère revêt des formes différentes selon les pays. Guère de différence non plus dans la conception et la hauteur des parcours si ce n’est des barres de 3 mt à Warendorf avec des distances plus courtes (4 à 5 foulées ) entre les obstacles .
La seule vraie différence réside dans les subventions de l’état et dans les gains en compétitions qui sont largement supérieurs en France , la balance gains / engagements étant toujours déficitaire dans les autres pays. Le champion des 5 ans touche 700 euros en Allemagne, (mais il peut se vendre 500000 euros ! ). En Suisse le sans-faute rapporte 18 euros à 4 ans et 32 euros à 6ans. En France Marc DAMIANS se félicite de l’augmentation des primes qui ont permis de faire revenir les meilleurs cavaliers dans le circuit des 4 ans (75 euros le sans- faute).
Commercialisation : les grands crus se vendent mieux que les vins de table
La troisième session concernait la commercialisation et elle fut le théâtre d’échanges passionnants et passionnés . Avec Christian PAILLOT, Jan TOPS, Hubert BOURDY, Hervé GODIGNON, Julien EPAILLARD et les plus hauts représentants des haras nationaux, du ministère de l’agriculture, de la SHF, de l’ANSF ; le débat fut de grande qualité.
Etablissant un parallèle avec les producteurs de vin, H. BOURDY insista d’emblée sur le besoin de produire des chevaux de grand cru, qui seuls justifient un investissement en travail et permettent la réalisation d’une plus value. Les chevaux de moindre qualité ( vin de table), doivent être vendus au plus tôt, même au prix les plus bas( 3000 euros), avant de commencer à faire perdre encore plus d’argent avec une mise à l’entraînement. La présence d’un pôle régional d’expertise et de valorisation lui semble désormais indispensable pour orienter les éleveurs dans leurs croisements et dans la sélection précoce de leurs produits. Les coûts d’exploitation sont presque identiques en Allemagne et en Hollande mais les cavaliers y sont davantage récompensés par un pourcentage sur des plus values plus importantes, ou par une prise de part dans la propriété du cheval, en échange d’une diminution de la pension.
Jan TOPS va dans la même direction en insistant sur une réflexion beaucoup plus approfondie au moment du choix des reproducteurs, à commencer par les étalons, très nombreux et pas assez connus, notamment dans les caractères majeurs qu’ils transmettent. Le cœur de cible du marché mondial est un beau cheval, facile d’emploi, équilibré, capable de sauter 1.30 - 1.40mt avec un bon amateur. Les SF ne sont pas, selon lui, sélectionnés assez tôt sur les critères de santé, ( OCD, problème naviculaire) , dont un premier bilan devrait intervenir dès l’âge de 2 ans et demi. Par ailleurs, la locomotion au galop est très importante et il faut éviter les chevaux trop ouverts dans leur galop car ils sont difficiles à rassembler.
Tous s’accordent à revaloriser le rôle du cavalier comme premier expert du travail de l’éleveur et comme agent principal de réalisation d’une plus value sur la vente du cheval. Ch PAILLOT propose une formation des cavaliers de jeunes chevaux à l’ENE , « actuellement sous-utilisée », avec diplôme à la clef.
Le rôle, l’action, et même l’utilité de l’ANSF, furent vigoureusement remis en cause par la FFE et l’ACSOF en la personne de leurs vice- président et président. Les deux principaux utilisateurs de chevaux en France affirment que le SF, issu d’un mélange de types très diversifiés, n’est pas une race, et qu’il conviendrait d’y substituer la notion de région d’élevage. A leur sens beaucoup trop d’argent est dépensé pour le marketing d’un produit qui n’est pas assez compétitif au lieu de servir à améliorer la qualité de la production et la compétence des éleveurs. A l’exception de Francis HOUDRE, personne n’est venu contredire ces affirmations .
En conclusion
Ce colloque devait permettre de repérer chez nos voisins des méthodes nouvelles de valorisation et de commercialisation qui permettraient au SF de ne plus être vendus à perte dans leur immense majorité. Or il s’est avéré que la valorisation se déroulait selon des processus et des coûts à peu près identiques dans les principaux pays d’Europe, avec des subventions beaucoup plus importantes en France pour l’élevage et les gains en compétition . Le problème est donc ailleurs , dans la qualité de la production, unanimement remise en cause par les utilisateurs français et étrangers avertis (nord américains qui se fournissent presque exclusivement en Hollande et en Allemagne). Le folklore commercial qui entoure cette moindre qualité ne constitue pas l’élément principal du débat, même si H. BOURDY souligne que la France constitue pour Paul SCHOCKEMÖHLE, l’un des plus gros acheteurs de chevaux de la planète, « un pays du tiers-monde » dans lequel il refuse de perdre son temps pour un commerce impossible ! Ce folklore existait déjà, il a quelques décennies, en Irlande , ce qui n’a jamais empêché le commerce des meilleurs chevaux du monde de s’y réaliser dès lors que leur qualité était indiscutable.
Si l’ANSF devait servir à quelque chose ce serait bien en premier lieu à faire prendre conscience aux éleveurs de la qualité réelle de leurs produits et des moyens de l’améliorer. Il faudra bien un jour envisager un encadrement plus professionnel de la filière constituée essentiellement d’amateurs ( 1.7 poulinières en moyenne par élevage) qui élèvent à perte, mais pour leur plaisir, du moins pour l’instant…Il conviendra également de regarder avec moins de condescendance le travail des cavaliers car la plus value de la production des éleveurs dépendra de plus en plus des résultats en compétition et la facilité d’utilisation du cheval sous la selle.
Pour l’heure , Francis HOUDRE considère que « les éleveurs font bien leur travail » et que « notre génétique SF est l’une des génétiques dominantes en Europe ». Le mot « cavalier » ne figure ni dans son programme ni dans le programme d’Y. CHAUVIN…
On peut toujours essayer de tomber plus bas pour mieux rebondir, mais c’est plus difficile !
Philippe POPPE
Posté le 11.08.2007 par philippepoppe
La morosité des dernières ventes de chevaux de trois ans va vraisemblablement obliger les éleveurs à s’orienter sur une production de chevaux plus beaux et plus faciles d’emploi. Elle va également les inciter à vendre un an plus tard un cheval prêt à l’emploi dont la qualité sera plus lisible et mieux rémunérée . L’intervention d’un cavalier devient alors incontournable et son choix n’est pas toujours très éclairé, entraînant des incompréhensions et un turn-over important dans les écuries, souvent préjudiciable à la carrière des chevaux.
Comment faire le bon choix, et comment le faire prospérer ? Peut-être faudrait-il au préalable que les cavaliers et les éleveurs apprennent à mieux se connaître.
L’ éleveur : un amateur avec un grand A
Oui l’éleveur français est un amateur au sens premier du terme : « celui qui aime ». Il aime ses une ou deux poulinières , il aime ses poulains ; il aime Fontainebleau pour y savourer pendant deux ou trois fois deux minutes les fruits de 5 années de travail, d’espoir et de rêve.
Il n’aime pas, par contre, voir son cheval sortir du box au trot et enchaîner un tour 10 minutes plus tard, parler anglais ou allemand, les parcours à 4 points, et encore moins le chiffre 10%, surtout quand il est multiplié par les trois ou quatre intermédiaires qui se rappelleront à son bon souvenir au moment de la vente de son cheval.
Un cavalier aux 35 heures ( de sommeil) par semaine
G comme Galère pourrait aussi résumer la vie du cavalier professionnel. Formé durement sur le tas à défaut de structures organisées et performantes, il ne peut pas vivre décemment ni travailler dans un environnement satisfaisant à moins de 10 chevaux à l’entraînement, sans personnel salarié. S’il souhaite, en toute logique, monter en PRO 1, il passera entre Avril et Septembre 5 à 6 jours par semaine en dehors de ses écuries. JM BONNEAU estimait récemment à 1000 euros par mois la rétribution normale d’un cavalier pour entraîner un cheval dans des conditions satisfaisantes . Or la majorité de la profession vit avec 400 à 450 euros de pension par cheval et par mois. On ne peut, dans ces conditions, exiger des cavaliers un service irréprochable.
Quatre points qui coûtent cher
Le site FFE www.ffe.com (ffe compet / cavaliers / engagements-résultats) , effectue une excellente synthèse de l’ efficacité d’un cavaliers en établissant chaque année le coût total de ses engagements et le montant total de ses gains . On peut toujours objecter qu’il y a des parcours éducatifs à quatre points mais, à 25 euros l’engagement, 15 euros le box , 60 euros le transport et 75 euros le sans faute, il vaut mieux faire les barres à la maison !. Il vaut aussi mieux recourir à un bon professionnel effectuant entre 300 à 600 parcours par an qu’à un intermittent des podiums qui coûte plus cher en engagements qu’il ne rapporte en gains .
Expertiser et vendre
Le professionnalisme du cavalier ne s’arrête pas aux résultats. Il commence avec l’évaluation, dès les premiers sauts sous la selle, du potentiel de chaque cheval et de la rentabilité de sa mise au travail. Il continue avec la qualification pour Fontainebleau qui doit constituer la norme et non pas l’exception. Il se termine enfin par une vente limpide, réalisée par l’éleveur, avec l’aide du cavalier, à des conditions connues à l’avance par tous les acteurs de la transaction.
Eleveurs et cavaliers professionnels sont dans la même galère et ils ne s’en rendent pas toujours compte. La représentation des cavaliers au sein des associations d’élevage et une meilleure utilisation de leurs compétences dans les actions de sélection et d’expertise constituera sûrement un des premiers challenges du futur président de l’ANSF.
Philippe POPPE