Cadre boisé , terrains en herbe sur un excellent sol naturel, parkings accessibles et ambiance bon enfant : ERMELO rassemble dans une étroite cohabitation les jeunes espoirs néerlandais du dressage et de l’obstacle en plein milieu du mois d’Août. Ne cherchez pas, à cette date incongrue, une grand messe du sport hippique ou l’aboutissement incontournable des efforts de toute une filière. Les spectateurs étrangers sont peu nombreux, les coûts de participation et les dotations peu élevés et les résultats n’engagent pas plus l’avenir qu’ils ne le compromettent. Oui il y a une vie en Hollande après la finale des jeunes chevaux et Ermelo constitue seulement une étape, un concours de plus dans un parcours qui repose sur deux dogmes inébranlables : le pragmatisme et la satisfaction permanente des attentes du marché mondial du cheval de sport.
En CSO le championnat des 4 ans regroupait 268 chevaux qui avaient en moyenne effectué 6 parcours lors des trois derniers mois dans des épreuves tous publics ne dépassant pas 1.10mt.de hauteur. Deux sans- faute suffisaient pour se qualifier à ERMELO mais, sur place, les deux épreuves étaient jugées au regard du style du cheval, de sa facilité d’utilisation, et des fautes sur le parcours. La finale regroupait une cinquantaine de chevaux. Guidam y était l’étalon le plus représenté avec 4 finalistes ; à égalité avec Marlon , un fils de l’anglo- arabe Zeus. Dans les souches maternelles les filles de Voltaire et de Burggraf, plus apprécié comme grand–père que comme père, étaient les plus nombreuses.
Chez les 5 ans, 209 inscrits au premier jour étaient départagés uniquement sur les fautes aux obstacles et au temps du barrage pour la finale qui regroupait 47 partants. L’étalon Numero Uno, un KWPN 100% holsteiner dans ses origines ( Libero x Lord Calando x Farnese X Landgraf ), et imprégné du sang de Ladykiller à trois reprises, était le mieux représenté avec 6 finalistes . Il est suivi par Indoctro avec 4 produits.
Le cheval le plus impressionnant était Verdi, par Quidam de Revel x Landgraf x Calypso 2 x Ramsés x Anblick. Il est issu de l’ excellente lignée holsteiner no 474 a qui a produit entre autres Calato, le père de Coster, et Cavalier Royal, un des meilleurs pères de grands performers au monde. Verdi est un grand Quidam ( 1.72 mt), un peu plat, avec des jarrets un peu serrés mais solides, un beau bout de devant et une qualité de saut hors du commun . Respectueux avec une bonne technique devant , beaucoup de force et de bascule dans le dos, un galop très ample et bien engagé il manque encore de rassembler et il se déplace dans un équilibre plutôt horizontal avec une bouche pas toujours disponible. Son papier comporte 55% de pur sang ou de sang anglo-arabe mais on lui confierait volontiers des juments avec du sang.
Chez les 6 ans 25 chevaux sur 113 engagés au départ se retrouvaient en finale avec une génétique assez diversifiée. Le titre revient à une petite jument d’exception : Uceline par Celano ( Capitol x Lord) X Koriander x Voltaire.
Sur l’ensemble des 3 finales les sangs de Quidam de Revel et de Landgraf à travers Guidam et Libero semblent les plus appréciés du coté des pères de gagnants alors que Voltaire, Nimmerdor et à un degré moindre Burggraf , sont les plus présents dans les lignées maternelles. Le sang français en première ou deuxième génération n’est présent que chez moins d’un quart des finalistes .
En dressage, les championnats des jeunes chevaux étaient tout proches des terrains de CSO avec un public aussi nombreux et passionné. La particularité résidait dans un recours à 3 cavaliers professionnels, étrangers à la compétition, pour départager sous la selle les trois meilleurs mâles et les trois meilleures femelles des 4 et 5 ans en faisant part publiquement de leurs impressions.
A de rares exceptions près les lignées permettant de produire des chevaux de dressage sont complètement distinctes des lignées destinées au saut d’obstacle. Ferro , Flemmingh et leurs fils ( Negro, Rhodium, Rousseau, Krack C) sont les plus présents devant Gribaldi, Jazz, et les fils des allemands Florestan, Rubinstein, Donnerhall.
L’impression générale est celle d’un élevage plus léger , plus chic , plus dans le sang que l’élevage français avec surtout un meilleur engagement au galop et une construction des chevaux « en montant « qui donne plus d’équilibre. Force du dos et bascule ne sont cependant pas toujours présents, sinon à travers les représentants de l’élevage français ( Guidam, Quidam, Sable Rose), qui reste sûrement le meilleur réservoir du monde pour ces deux qualités.
La recherche de la performance au plus haut niveau est moins le souci que la vente de beaux chevaux, faciles d’emploi et suffisamment performants pour une clientèle d’amateur. Papillon Rouge, meilleur étalon du monde pour la production de chevaux de haut niveau n’a jamais intéressé le KWPN, qui juge ses produits trop difficiles d’emploi . Son seul fils étalon aux Pays Bas : Hors la Loi, avec une mère par Joyau d’Or et la célèbre Bourrée, a été castré en 2004, faute de facilité d’emploi de ses produits, après 6 ans d’utilisation.
La géographie de la Hollande a déterminé son histoire et celle de son élevage . Comme pour les races bovines la rareté des terres, leur coût élevé et le nombre important des éleveurs, ont débouché sur un élevage davantage tourné sur la sélection et sur la qualité que sur la quantité. En l’absence presque totale d’aide de l’état, toutes les actions d’élevage ont une obligation permanente de résultat.
Cette obligation a donné naturellement le pouvoir aux étaloniers les plus compétents : MM NIJHOF et LAGEWEG, qui maîtrisent plus de la moitié des saillies effectuées dans le pays. En rachetant aux éleveurs leurs meilleurs produits dès l’âge de 6 mois, en sélectionnant plus tôt les jeunes reproducteurs adaptés au marché et en créant de grandes plate-formes commerciales dans les pays étrangers les plus riches, ces deux professionnels constituent le fer de lance de la réussite du plus jeune élevage d’Europe de l’Ouest. Une autre explication du succès commercial actuel des chevaux hollandais réside vraisemblablement dans la production de plus en plus importante de chevaux de dressage ( 40% des naissances en 2007), en parallèle avec la production de chevaux d’obstacle. Cette politique permet de mieux valoriser l’ ensemble de la production avec des cavaliers professionnels mieux formés pour le travail sur le plat. Elle permet également de satisfaire les aspirations équestres de chaque famille de cavaliers en fournissant des chevaux mais aussi des poneys clefs en main pour les trois disciplines olympiques et pour le hunter, ce dans une gamme très étendue de qualité et de prix.
La France fait naître chaque année autant de chevaux de sport que la Hollande, mais dans la seule discipline du CSO. Elle dispose de souches très performantes et d’un savoir faire qui se vérifie depuis toujours dans les plus importants rendez vous internationaux . L’étendue du territoire se prête cependant mal à des actions centralisées qui engendrent des coûts de déplacement de plus en plus prohibitifs et des blocages culturels non négligeables . L’avenir tricolore est donc entre les mains de fortes organisations régionales qui garantiront une meilleure mutualisation des moyens de production les plus coûteux et une politique commerciale plus efficace. Au niveau fédéral une action forte pour promouvoir le dressage qui reste la discipline de base pour toute valorisation des chevaux de sport semble également s’imposer . Elle permettra de mettre en place un corps de cavaliers professionnels et de juges qui motiveront les éleveurs pour se diriger vers cette discipline, élargir leur culture et ouvrir de nouveaux débouchés à leur production.
Philippe POPPE