Les derniers chiffres du SIRE , portant sur les inscriptions de chevaux de sport en France depuis 5 ans , donnent une très bonne mesure de la poussée des élevages étrangers sur le territoire national.
Ces inscriptions correspondent peu ou prou au volume des importations de chevaux destinés à la compétition équestre. Elles ont progressé en moyenne de 16.4% par an depuis 5 ans, passant de 788 chevaux en 2002 à 1670 , soit plus du double, en 2007.
Pour 2007, la Belgique et ses trois stud-books ( BWP, SBS, Z ) arrivent en tête avec 585 inscriptions au SIRE. Dans le détail le BWP totalise 351 chevaux contre 133 pour le SBS et 101 pour ZANGERSHEIDE. Ce jeune stud-book réalise la plus belle progression (36%) sur la période 2006-2007 , aux dépens de l’Allemagne qui marque le pas avec +2.2%. Tous terroirs confondus l’Allemagne arrive quand même en deuxième position avec 450 inscriptions : 114 Hannovriens, 102 Holsteiner , 94 Rhénaniens-Westphaliens, 81 Oldenburger.
Le KWPN ferme la marche de ces poids lourds avec 307 inscriptions..
Le total les inscriptions de chevaux de sport étrangers en 2007 représente plus de 20% du total des inscriptions de chevaux de sport ( SF ou Facteur de SF + étrangers), presque 22% des naissances de chevaux SF en 2006, et l’équivalent du nombre de poulinières SF des deux régions Pays de Loire et Centre Val de Loire !
En 2011 avec les chiffres de progression des 3 dernières années, les inscriptions de chevaux étrangers représenteront 27.6 %du total des chevaux de sport inscrits (hors anglo arabes et chevaux de selle non facteurs de SF)
L’apport de sang étranger a été nécessaire pour améliorer la facilité d’emploi , l’équilibre au galop et l’esthétique des bouts de devant. Cet apport avait été bien défini il y a quelques années par Mr BIDAULT, directeur du Haras de St Lô. Il devait se limiter à des étalons ayant obtenu des résultats sous la selle au niveau international , et à des étalons confirmés sur descendance .
Aujourd’hui n’importe quel étalon étranger de deux ans refusé dans son pays et « approuvé à l’exportation » peut saillir en France . Notre pays est en passe de devenir la poubelle des grands élevages européens avec des poupées barbies qui possèdent un look , un joli trot , un spectaculaire saut en liberté et un père à la mode.
Pour autant ces magnifiques sujets, qui ont parfois fait l’objet d’une préparation « spéciale » pour le jour de leur vente, ne présentent aucune garantie en ce qui concerne le saut sous la selle, la longévité, le respect, l’énergie et la bravoure. Leur génétique , quand elle existe, est difficile à décoder. Certains ne voient jamais un terrain de concours, d’autres s’effondrent l’année suivante lors des tests en station, ou atterrissent en France après avoir déçu la plupart des éleveurs d’autres pays européens . Mais un bon marketing, un père qui passe à la télé sous la selle d’un cavalier célèbre, et l’immense qualité de ne pas être français peuvent aujourd’hui suffire à attirer tous les suffrages des éleveurs.
Alors OUI le SF ne collait pas suffisamment au marché. OUI il fallait, à un moment donné, mais pour un temps très court, et plutôt par la voie femelle, un apport important des qualités qui lui faisaient défaut.
Mais qui connaît vraiment CONTENDER, qui n’est jamais sorti en compétition, qui vit isolé des autres étalons et qui ne sait pas reculer ? Avait-il du sang, de la force dans le dos, de la bascule, du courage ? Nul ne le sait mais tout le monde court après ses descendants, Haras Nationaux en tête.Qu'ont apporté VOLTAIRE et ses belles allures à l'élevage français?
Il est temps maintenant de retrouver raison.
Il y a assez de sang étranger en France. La priorité est de bien observer ses apports, d’éliminer ce qui ne convient pas, de repérer les croisements viables et de
ne pas diluer les « teintures mères » qui ont fait la force de notre élevage.
Philippe POPPE