La synthèse des trois dernières ventes de jeunes chevaux français de 3 ans à Bois le Roi( 75 présentés), Rennes ( 38 présentés) et St LO ( 75 présentés) est des plus alarmantes. Sélectionnée par des professionnels, à peine plus de la moitié de l’effectif a changé de mains à Bois le Roi et à Rennes pour un prix moyen « net vendeur » de 7500 euros, à peine équivalent au coût de production en zone rurale, sans compter le temps de travail et les charges . Sans sélection préalable, à St LO, seuls 15 chevaux sur 75 présentés, soit 20%, ont trouvé preneur pour un prix moyen dérisoire.
Au même moment, au nord de l’Europe le même type de chevaux, plus jeune d’un an , refusé à l’approbation du concours étalon, se vend pour un prix moyen de 30000 euros sans aucune aide de l’état pour l’élevage. Malgré 45.5 millions d’euros de subventions annuelles octroyés aux Haras Nationaux pour encourager, entre autres, le développement de la race, le label SF est en passe de constituer un handicap commercial même dans son pays d’origine. Lors des dernières ventes Fences, seule une jument 100% SF figure dans les 5 meilleures ventes des foals, des poulinières et des 3 ans !
La crise est profonde. Quelles en sont les raisons et comment inverser la tendance ?
L’absence d’étude du marché
Sauf à élever pour son usage ou pour son plaisir personnel, vendre est une réalité qui s’impose à la plupart des éleveurs. Qui dit vente dit marché et qui dit marché dit clients. Or le client type est une jeune fille (77% des licenciés), amateur, qui pratique l’équitation entre 1 et 4 heures par semaine avec un cheval beau, dressé, facile d’emploi, performant dans la discipline du saut d’obstacles( 88.8 % des engagements toutes disciplines confondues, en 2004, contre 3.8% pour le CCE) , pour des épreuves qui dépassent rarement 1.20 mt.
( 80 % des engagements en CSO). Ce client type dispose d’un budget compris entre 12 et 15000 euros, pour un cheval de compétition âgé de 4 ou 5 ans , qu’il achète à partir du 15 Octobre jusqu’au 15 Mars ( 75% des transactions) . A ces conditions, l’éleveur peut payer une année de travail (6500 euros) et espérer quelque retour sur investissement. En tout état de cause la demande pour des chevaux « clefs en main » reste actuellement supérieure à l’offre disponible chez les éleveurs et les marchands les plus importants s’approvisionnent majoritairement à l’étranger.
Une production inadaptée reposant sur le mythe de l’étalon performer
Inspirée de l’élevage de chevaux de course qui ne sont utilisés que par des professionnels, la sélection des reproducteurs de chevaux de sport s’effectue en France en attachant une importance trop prépondérante aux performances sportives, au détriment d’autres facteurs essentiels pour des cavaliers amateurs . Or, le caractère, la conformation et l’équilibre au galop, qui conditionnent le contrôle du cheval et le confort du cavalier, deviennent de plus en plus recherchés dans le cadre d’un enseignement équestre essentiellement ludique. Ils constituent, avec la beauté du cheval, des éléments de décision aussi importants que la valeur sportive. Par ailleurs, ces qualités qui se transmettent et se renforcent à chaque génération ne sont pas exclusives de l’aptitude sportive.
Repartir sur des bonnes bases avec de jeunes reproducteurs étrangers
Des chevaux comme Contender, Cassini1, Indoctro 1, Caretino, n’ont pas tous brillé à haut niveau, loin s’en faut. Ils sont néanmoins parfaits dans leur modèle et faciles à monter par des cavaliers amateurs. Utilisés massivement dans leur pays d’origine qui s’en réservent souvent l’usage exclusif, ils produisent essentiellement des chevaux de qualité standard dont quelques uns peuvent néanmoins se retrouver au plus haut niveau sportif (Montender, Cumano, Berlin, Nassau…)
C’est ce genre de reproducteur, mâle et femelle, qu’il convient de privilégier. Il faut pour cela en faire tomber les lignes Maginot d’une race SF au bord de la faillite économique : Blup, discriminations à l’égard des chevaux étrangers, agréments à vie d’étalons trop nombreux; et orienter tous les critères de sélection des reproducteurs vers les besoins du marché quitte à mettre au rebut une grande partie de notre élevage non rentable.
L’achat massif et éclairé de jeunes mâles et de jeunes juments au sevrage dans le Holstein, seul stud- book au monde qui soit structuré et orienté exclusivement vers le saut d’obstacle, devrait permettre de repartir sur le bon pied au moindre coût.
S’arrêter de perdre de l’argent est un premier pas pour qui espère en gagner un jour, mais au regard des centaines de saillies réalisées encore cette année sur des juments de club par des étalons performers in-montables par le commun des cavaliers , la route est encore longue…
Ph. POPPE