Les étalons sont souvent appréciés au regard de leurs performances les plus médiatiques, de la renommée de leurs produits les plus en vue, ou des gains totaux de leur production . Ces critères favorisent les étalons performers ou ceux qui produisent beaucoup depuis plusieurs années .
Cette approche passe sous silence les produits un peu moins qualiteux souvent élevés à perte, qui représentent au moins les trois quarts de la production dans le meilleur des cas . Elle consacre prématurément des chefs de race vite encensés par une presse toujours avide de vedettes et de contes de fées. Elle passe surtout sous silence des étalons qui saillissent peu mais bien , avec un cheptel de juments souvent plus réduit et plus médiocre.
Or le site des Haras Nationaux donne une bonne mesure de la capacité des étalons à satisfaire économiquement le plus grand nombre d’éleveurs. Il permet également de pointer les étoiles filantes qui mettent en avant deux ou trois produits phares tout en mécontentant les espoirs et le porte-monnaie de la presque totalité des autres éleveurs qui leur ont fait confiance.
On peut estimer à 140 la valeur de L’ISO qui donne satisfaction à tous les acteurs de la chaîne de production du cheval de sport. Cet indice est raisonnablement et régulièrement envisageable dans un élevage structuré qui s’entoure de compétences normales et il relèvera de moins en moins de la chance et du hasard. C’est aussi à partir de 140 que les indices génétiques publiés sur les catalogues de vente figurent en caractères gras, marquant ainsi la frontière entre les résultats sérieux et les performances anecdotiques.
L’examen des étalons les plus connus, et des performances d’ un minimum significatif de 100 de leurs produits adultes, remet en cause certains à priori ou phénomènes de mode.
Faut-il y voir une conséquence des méthodes d’insémination artificielle ? Les 3 meilleurs étalons de l’histoire récente du cheval de sport français sont des étalons qui ont sailli exclusivement en semence fraîche.
La tête du classement revient en effet à Night and Day , Jalisco , Uriel et Laudanum qui peuvent se flatter d’avoir entre 21% et 20 % de leur produits âgés d’ au moins 6 ans , titulaires d’un ISO supérieur ou égal à 140.Quidam de Revel suit avec 16.3%, puis Double Espoir avec 15.1%. La surprise vient évidemment de Night and Day qui malgré une production très faible et beaucoup de réserves sur le caractère, voire la santé, qu'il transmettait, réussit le meilleur pourcentage avec 37 produits indicés à 140 et plus sur 172 immatriculations soit 21.5 %.
Pas de surprise par contre dans la suite du classement si ce n’est celle des inattendus Rivage du Poncel (14.54%) et Allegreto ( 14.17%), qui raviraient presque la vedette aux médiatiques « chefs de race » Almé (14.4%), Grand Veneur (13.8%), Galoubet (12.86 %), Papillon Rouge (12.77%), Quito de Baussy( 11.8%), mais aussi Rantzau (11.3%) dont pratiquement aucune fille ne figure à ce niveau d’indice !
Un peu plus loin arrivent des étalons qui ont beaucoup sailli : Le Tot - Paladin (10.5%) , Diamant de Semilly (10.2%), Noren( 9.72%), Rosire (9.66%), Quickstar (9%), Apache (8.6%), Quiniou (8.5%), Le Prince de Thurin (8.11%), Palestro (7.67%), Narcos (7.91%), Starter (7.56%), Cabdula du Tillard (7.45%), Elf III (7.41%), Arpège (6.23%), Pamphile (6.2%), Rox de la Touche (5.98%), Nidor(5.86%) Qredo (5.6%), Voltaire (5.57%).
Beaucoup de questions se posent enfin sur une série d’étalons très utilisés ou très médiatisés malgré des scores très bas : Dollar du Mûrier (5.18%), Royal Feu (5.14%)Oberon du Moulin (4.82%), I Love You (4.7%), Elf d'Or (4%), Flipper d’elle (3.96%), Elan de la Cour (3.75%), Valespoir Malabry ( 2.6%), Echogène Latour (2.67%), Hand in Glove (2.23%), Fergar Mail (1.92%), Alligator Fontaine (1.86%), Fétiche du Pas (1.24%), ou des étalons anglos- arabes nourris sur fonds publics dont le meilleur, Quatar du Plape, culmine à 4.64% !
Ce classement gagnerait à être conforté par l’étude de la valeur génétique moyenne des cheptels confiés à chaque étalon. Il est plus facile en effet de bien produire avec un lot de juments gagnantes en compétition internationale qu’avec un lot de juments réformées des courses. Il convient aussi de tenir compte de l’effet de mode qui consiste à mettre parfois n’importe quelle jument à un étalon célèbre et coûteux sous prétexte que les poulains se vendront plus facilement à la naissance. Il en résulte souvent des produits décevants qui viennent gonfler le flot des chevaux mal vendus et qui tirent les statistiques vers le bas.
Ces chiffres ne sont pas un critère unique d’appréciation. Ils devraient cependant inciter à la prudence les éleveurs qui souhaitent vivre un peu mieux de leur travail en limitant la prise de risques au moment des croisements. Ils incitent aussi à réserver l’attribution du titre de chef de race à des étalons qui donnent satisfaction à la plus large proportion possible des éleveurs qui les ont utilisés.
Enfin des jeunes étalons comme Baloubet du Rouet (13.6%), Bonhomme II (10.9%), Calvaro (16.6% ) , ne disposent pas encore d’un nombre suffisant de descendants adultes pour être comparés à leurs prédécesseurs , mais ils établissent des scores pour l’heure prometteurs.
Philippe POPPE
Bonjour,
Depuis l'écriture de votre article, Diamant est-il remonté dans votre sondage ? Très intéréssant par ailleurs .. Merci