Janvier sonne l’ouverture de la quête du gendre idéal et l’activité est intense pour présenter aux futures promises l’ objet de tous les rêves …de leurs éleveurs ! Catalogues sur papier glacé, débauche de superlatifs : les fils de.., combinant les sangs précieux de.., grands gagnants en épreuves internationales (y compris les épreuves à 1.30mt dans les CSI*) ; prolifèrent. On se demande comment de telles merveilles peuvent, 4 ans plus tard, assumer la paternité de chevaux qui se vendent en grande majorité en-dessous de leur coût de production !
Certes les juments ne sont pas assez sélectionnées, mais la situation est loin d’être claire du côté des étalons. Aucune information ne filtre sur leur caractère et leur facilité d’emploi, pourtant partie intégrante du patrimoine génétique transmissible à leur descendance. Il devient grand temps d’introduire un peu de pragmatisme dans la réalisation des croisements
Ecarter les reproducteurs inadaptés au marché
Au regard du marché actuel, la facilité d’emploi et le modèle sont aussi importants que l’aptitude à l’obstacle et ces critères doivent s’appliquer avec la même rigueur pour les juments et pour les étalons. Ainsi une tête lourde en ganaches, inexpressive ; une encolure trop courte, grêle, mal attachée ; un rein ou des jarrets faibles, une conformation en descendant; peuvent être considérés comme rédhibitoires. Au niveau des allures, l’équilibre au galop constitue le critère le plus important. Il résulte d’un bon engagement des postérieurs sous la masse, conforté par un garrot plus haut que la croupe.
Tester les juments comme les étalons, sous la selle et à l’obstacle, dès 3 ans
Il est possible sans risque pour la santé, d’évaluer en début d’année de 3 ans, et après deux mois de travail, le caractère, la facilité d’emploi et l’aptitude à l’obstacle sous la selle d’un étalon ou d’une jument. Dans le Holstein, Caretino et Contender ont obtenus, à 3 ans, des notes presque maximum ( 144 et 146 / 150) à l’obstacle, en liberté et sous la selle. Faciles d’emploi et presque parfaits au modèle, ainsi que dans leur locomotion, ils ont servi un maximum de juments sans avoir particulièrement brillé sur les terrains de concours pour Caretino, et sans jamais y être entré pour Contender, s’offrant même le luxe de produire quelques pointures internationales ( Montender, Checkmate, Caridor…). Le testage à 3ans des étalons et des juments peut donc avantageusement remplacer la coûteuse mise en compétition des seuls étalons et leur possibilité de saillir des juments dont la seule qualité connue se résume souvent à l’existence de deux ovaires !
Privilégier les étalons aux lignées maternelles régulièrement performantes
Le choix des étalons étant vaste, l’observation de leur lignée maternelle doit également rentrer en ligne de compte. La régularité de production, par les mères, de chevaux performants sur plusieurs générations augmente les certitudes de la transmission de ces performances. Cette évidence comporte aussi quelques exceptions comme Guidam, issu de famille maternelle roturière et peu performante, mais père de 2 des 20 meilleurs chevaux du dernier championnat du monde
Les yeux dans les yeux : allez les voir !
Le regard exprime très souvent le caractère et il constitue un facteur important du choix d’un cheval. Son appréciation est intuitive et l’analyse est difficile, mais une bonne poulinière comme un bon étalon doivent « crever l’écran » et interrompre les conversations dès leur entrée en piste. Les filles de Cor de la Bryère émergent souvent d’un troupeau par un regard , un port de tête, et une manière de se déplacer qui les distinguent de tous leurs congénères . Aucune photo ne remplace ces impressions de l’œil.
Le feeling a toujours le premier et le dernier mot en matière de croisement. Il gagne cependant à être complété par une analyse détaillée de tous les paramètres qui permettent de réduire l’incertitude d’une alchimie de caractères parfois contradictoires, comme le respect et la franchise, le sang et le contrôle, l’équilibre et la vitesse. C’est le dosage subtil de chacun de ces ingrédients qui fait le génie des grands éleveurs, capables de produire chaque année un sujet d’exception à partir de souches différentes et de croisements réfléchis pendant plusieurs mois.
C’est pourquoi il appartient aux associations d’éleveurs de mettre en place des moyens de tester, avant leur mise à la reproduction, tous les mâles et toutes les femelles âgés de 3 ans, sous la selle et à l’obstacle. Les deux mois nécessaires à une évaluation de la plupart des qualités requises par la marché, représenteraient un coût minime au regard des frais d’une année de compétition ou d’un croisement à l’aveuglette .
Ph. POPPE