Le Pr DENOIX intervenait lors du jumping de Bordeaux devant une salle comble ou vétérinaires, cavaliers, et éleveurs se pressaient pour découvrir le fruit de longues années de recherche au CIRALE sur les dorsalgies du cheval de CSO.
Scientifique dans la démarche, mais très pédagogique dans des explications qui visaient un public très diversifié, le Pr DENOIX a disséqué les contraintes qui s’exerçaient sur le rachis du cheval pendant toutes les phases du saut. Les photos au ralenti de Darius du Murier pendant une épreuve de puissance, la reconstitution de la cage thoracique et du dos vus de l’intérieur pendant l’effort, ainsi que le focus sur l’extrême violence des contraintes subies par les cartilages et les disques inter-vertébraux étaient impressionnants. Ils ont contribué à donner du saut d’obstacle l’image d’un effort violent pour les articulations, pas naturel pour le cheval et nécessitant une préparation, un entraînement et des soins très spécifiques.
Sauter tôt , pas beaucoup , et pas haut
Contrairement aux idées reçues, et répondant à une question de Denis BROHIER sur la précocité de l’entraînement des jeunes chevaux d’obstacle, le Pr DENOIX n’est pas opposé à une mise à l’obstacle régulière des chevaux dès l’âge de deux ans dans la mesure ou les sauts en liberté sont effectués sur des faibles hauteurs (cavalettis) et en nombre très limité à chaque séance. Il pense que les os et les muscles sollicités régulièrement et assez tôt s’organisent pour mieux résister par la suite aux contraintes liées à cet effort. Par ailleurs, sur le plan psychomoteur, l’acquisition de gestes techniques s’effectue d’autant mieux que le sujet y est confronté dès son plus jeune âge. On apprend mieux à jouer du piano à 5 ans qu’à 15 ans !
Echauffer dans l’attitude naturelle du cheval
Long temps au pas , puis petit galop constituent pour le Pr DENOIX la meilleure méthode d’échauffement. Si la longe est nécessaire, elle doit être utilisée sur de grands cercles, sur des terrains souples et dans l’attitude naturelle du cheval, tant qu’il n’est pas échauffé. Exit donc les enrênements qui mettent le cheval dans une attitude forcée dès le début d’une séance. Le dos ayant lui aussi besoin d’être échauffé, la monte en équilibre est préconisée en début de travail pour tous les chevaux, et le plus souvent possible pendant une séance ; en cas de dorsalgies.
Par ailleurs, les terrains de compétitions modernes sont souvent trop durs pour les articulations. Il convient de ne pas trop les utiliser pour les séances d’entraînement à l’obstacle et pour le travail à la longe sur des cercles courts, relativement traumatisants pour les articulations.
Ne jamais travailler dans l’inconfort du cheval
Très fréquentes à des degrés divers, les dorsalgies du cheval d’obstacle peuvent être soulagées par l’utilisation de Tildrène, anti-inflammatoire très performant qu’il est dorénavant possible d’injecter par échoguidage, dans le siège même de la douleur, avec une précision de l’ordre du millimètre. La mésothérapie peut être également utilisée. Elle consiste à court -circuiter la sensation de la douleur en sollicitant les nerfs de la surface de la peau.
Sans rejeter l’ostéopathie, le Pr DENOIX estime que cette technique n’est pas encore assez codifiée dans ses diagnostics et dans ses gestes thérapeutiques.
Il recommande enfin de ne jamais travailler un cheval dans une posture qui lui est inconfortable et de maintenir le plus possible en mouvement un cheval qui souffre du dos en préférant le pré et le paddock à de longues heures d’immobilité au box.
Si elles ne sont pas inéluctables, les dorsalgies sont quand même intimement liées à la nature des efforts qui sont demandés au cheval pendant le saut d’obstacle. On peut difficilement en supprimer la cause, mais il est possible d’en retarder l’ apparition et d’en atténuer les effets par des médications et des mouvements appropriés.
Philippe POPPE